Lorsqu’on parle aujourd’hui de design et d’impact social, il est difficile de ne pas évoquer une notion d’éthique. Quelle est la responsabilité du designer dans sa production ? Peut-on designer pour tous ? Ou le fait-on forcément au détriment de quelqu’un ? Des questions vastes mais dont on trouve quelques réponses dans le documentaire, Ethics for Design, réalisé par Gauthier Roussilhe.

Ethics for Design : une vision humaniste du design

Dans ce documentaire, Gauthier Roussilhe invite 12 designers de pays différents à débattre autour d’un point commun : tous conçoivent des solutions éthiques. Que ce soit des objets, des interfaces ou toute autre sorte de solution, ils s’investissent dans leurs projets pour mettre les utilisateurs au cœur de leur réflexion.

Dernièrement, on a vu certaines productions faire polémique. On parle des installations publiques anti-SDF, de l’utilisation d’algorithmes par Netflix pour vous garder captif devant ses séries, des actions sur les réseaux sociaux, parfois d’obsolescence programmée, et bien d’autres sujets. Mais même ici, tout n’est pas blanc ou noir.

Un produit qui se dit éthique se doit de respecter des valeurs humaines, écologiques et sociales. Et c’est valable de sa conception à sa réalisation, jusque dans son évolution dans le temps.

Ethics for Design ouvre la discussion sur ces nouvelles problématiques passionnantes auxquelles tentent de répondre ces designers. On retrouve, entre autres, James Williams, co-fondateur de Time Well Spent, Geoffrey Dorne, fondateur du studio Design & Human, ou encore Peter Bil’ak, co-créateur d’une fonderie typographique de caractères arabes dans l’idée de préserver les langues de la transformation numérique.

Designer : un métier avec de plus en plus de responsabilités

Malgré un début de prise de conscience, nous utilisons de plus en plus de services, d’interfaces et d’applications conçues par toutes sortes de designers. Mais sont-elles toujours créées dans notre intérêt ? Comme nous le disions, certaines interfaces, comme celles de réseaux sociaux, sont conçues pour conserver notre attention; parfois ce sont les objets qui sont conçus pour dysfonctionner prématurément.

Pour les designers, cela devient un dilemme quand ils sont partagés entre la morale et la survie économique. L’intérêt financier de son commanditaire, que ce soit un client ou une agence, peut diverger du sien, et encore plus du bien-être de l’utilisateur.

Ethics for Design est une première pierre à la construction d’une pensée éthique sur notre métier de designer. J’espère que ces réflexions permettront de mieux orienter l’avenir.

Un documentaire à l’image du propos

Ethics for Design existe en deux versions : un documentaire en ligne classique (juste en dessous) et une version interactive. Je vous conseille de tester la seconde option.

L’interface se divise en différents écrans mobiles. Vous pouvez de modifier le ratio pour mettre en avant telle ou telle information qui vous intéresse. Par exemple, vous avez la traduction en direct dans l’une, la vidéo dans la seconde, les informations sur l’intervenant dans la troisième, etc. À vous de regarder ce qui vous plait. L’interface ne vous oblige pas à rester concentré sur la vidéo. Dans cette même logique, toute la démarche liée à la production de ce documentaire (les motivations du projet, son déroulement ainsi que les dépenses qui y sont liées) y est expliquée en toute transparence.

Concernant la direction artistique, le travail de Clément Le Tulle-Neyret est audacieux, percutant et minimaliste. Il utilise uniquement le rouge, le blanc et le noir, pour mettre en avant l’information. Il privilégie la simplicité et la clarté à l’aide d’une grille stricte. Ici aussi, le design sert le contenu. Pour résumer : « less is more ».

En espérant que ce documentaire, qui mérite un grand bravo à Gauthier Roussilhe pour sa réalisation, inspire le plus grand nombre de designers qui nous lisent !