Qui, dans les métiers de la communication, ne connaît pas Fubiz ? Ces dernières années, le média français est passé de 600.000 à plus de 2,5 millions de fans.

Mais si vous connaissez son contenu, vous ne savez peut-être pas qui est à la tête de cette « plate-forme de l’esthétisme » : Romain Colin et son équipe. Depuis 10 ans, il officie derrière son écran pour nous offrir du beau à voir avec une ligne directrice qualitative qu’il tient dur comme fer.

Après une première entrevue lors des Fubiz Talks à l’Opéra Paris, nous nous sommes rencontrés dans les locaux de la marque pour qu’il nous parle de son ascension.

L’interview de Romain Colin, c’est maintenant.

Le média Fubiz traite du beau et du contemporain. Il aime la diversité. Il est exigeant et ambitieux. Il sait s’adapter à chaque canal de communication et être efficace. Fubiz… C’est toi ?

Au départ, c’est un projet personnel donc il me correspond forcément. Je ne veux pas que ce soit personnifié mais je suis obligé de l’incarner. Aujourd’hui je n’écris plus et ne sélectionne plus forcément les sujets mais je donne toujours mon avis. J’aimerais qu’il puisse me dépasser. Qu’il existe en tant que tel et c’est déjà en train de se faire.

Il y a une sorte de « passation des savoirs à des tiers ». Une fois acquis, ceux-ci peuvent à leur tour le transmettre à d’autres pour que chacun puisse dire « ça c’est Fubiz, ça c’est pas Fubiz ». Je viens faire l’arbitre plutôt sur des manières de diffuser des contenus plutôt que sur les contenus eux-mêmes. Je fais confiance.

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As-tu eu un mentor ou quelqu’un d’influent pour t’aiguiller dans cette aventure ?

(Rire) Non. Le web m’a permis de gagner du temps, et m’a inspiré. Ce que je fais est un mélange de tout ce que j’ai pu lire et voir depuis longtemps. Et puis j’ai été au bon endroit, au bon moment. Ce qui a permis de faire la différence c’est de tenir. J’aurais pu lâcher il y a 8 ans, ou même 5… mais on a su se renouveler avec les réseaux sociaux, les conférences… Fubiz existe toujours, mais son business model est réinventé tous les deux ans.

Quelle est l’étape dont tu es le plus fier en tant qu’entrepreneur ? Le plus gros risque que tu aies pris pour ton business ?

Passée, présente ou future ?

On va dire « passée ». Les Fubiz Talks ?

Oui mais c’est toujours perfectible et je dirais que la prochaine fois ce sera encore mieux et proche du but. S’il fallait donner un moment : il y a certaines grosses collaborations avec des marques, comme Jaguar ou Samsung, dont je suis assez fier parce qu’elles sont bien construites sur la forme comme sur le fond. Ces marques pourraient nous activer pour du social media classique, des tweets… des choses pas forcément créatives. Mais sur ces sujets là on a toujours eu de quoi rebondir créativement. Plein de médias ou d’agences ne peuvent pas en dire autant. Ce sont des choses dont j’aime parler dans les conférences ou pour nous présenter à de futurs clients.

Il y a eu beaucoup métamorphoses pour Fubiz ces derniers mois : le média prend son envol, bientôt un déploiement à l’international, les Fubiz Talks… Comment gères tu tous ces changements ?

Il y en a qui sont grisants comme gagner 100.000 fans par semaine au début de l’année 2016. On s’est dit « Ça y est ! On a trouvé la formule magique ! ». Ça c’est le bon côté, mais de l’autre il faut travailler beaucoup plus, pour tenir cette croissance. On s’est mis nous-mêmes dans une course, on a accéléré la cadence et je n’ai pas envie de redescendre. Globalement ce n’est jamais simple mais j’apprends beaucoup. Il y a des choses où j’aurais pu gagner du temps, d’autres où j’aurais dû en prendre plus.

Par exemple, pour la conférence Fubiz Talks, la première a pris du temps. Mais on sait qu’on va en gagner beaucoup sur la prochaine. On ira plus vite avec les partenaires, avec les marques, avec les salles… On est mieux reçu puisqu’on a fait nos preuves avec le premier événement. C’est gratifiant de se dire que l’énergie qu’on a mis au départ nous permet d’aller plus vite, plus haut et de perfectionner la suite. C’est classique mais très perceptible.

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Il y a eu des changements aussi dans ta vie personnelle puisque tu es devenu papa. Comment arrives-tu à allier vie professionnelle et vie personnelle ?

Honnêtement, je cumule père de famille et chef d’entreprise à 31 ans donc ce n’est pas facile. En plus je voyage plusieurs fois par mois pour le travail.

Mais j’ai la chance d’avoir Google Agenda ! Et j’essaye d’aller de plus en plus vite. Aujourd’hui j’organise plein de rendez-vous sans me poser de questions. J’utilise des bots pour optimiser mon temps et faire plus de choses en une journée. Avec ces outils je peux faire des entretiens, des rendez-vous téléphoniques, des interviews… Le tout sur un jour alors qu’avant j’aurais sûrement étalé cela sur plusieurs. Et le soir je peux être complètement avec ma famille.

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Vu de l’extérieur, j’ai l’impression que Fubiz est en train de mûrir, de confirmer l’acquisition de sa légitimité. Qu’en dis-tu ?

Il y a un point sur lequel j’appuie beaucoup dans mes interventions : c’est la règle des 3A. Autorité, Antériorité et Authenticité.

L’autorité est très importante. Beaucoup de nouvelles marques média — jeunes, pop, génératrices de buzz… et j’en passe — ne l’ont pas. Elles traitent de sujets tellement variés, que ce soit des sujets chauds (les élections…) ou access prime-time (le buzz du jour, le trailer du soir…), que c’est une sorte de zapping du web. J’ai toujours été proche et affinitaire de marques médias autoritaires sur un sujet comme Pitchfork sur la musique, HypeBeast pour le street style ou SoccerBible sur le sport.

L’antériorité permet cette autorité. Ça fait 11 ans qu’on diffuse le même type de contenus. Ça nous donne une légitimité à les traiter. Parfois on écrit sur des artistes que l’on connaissait à leurs débuts avec 10 ans de moins. On les suit et ils nous suivent. C’est plus du tout le même rapport qu’un pure player qui se lance aujourd’hui.

Et l’authenticité c’est plus sur l’objectivité dans le choix des sujets. On ne diffuse pas de l’entre soi, des amis ou des gens qui me le demanderaient. J’ai le même niveau d’exigence depuis 10 ans, qu’on me connaisse ou pas. Je ne fais pas des choix pour obtenir quelque chose en retour. C’est une approche long-termiste mais plus qualitative.

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Toi comme Fubiz apparaissez de plus en plus dans le monde réel. Est-ce que c’est le retour de la puissance du offline ?

Ça me permet d’être plus vu et donc d’incarner la société pour la faire grossir. C’est aussi pour repositionner Fubiz de manière plus qualitative. Le faire est générateur de business, de nouveaux projets, de recrutement… Je fais ça pour le projet.

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Avec cette maturation du média, je m’attends à voir arriver des contenus plus longs et plus étoffés, des workshops créatifs « d’excellence », devenir un label qualité… Où va Fubiz ?

La plupart des projets que tu exprimes là, je veux les réaliser depuis longtemps. J’arrive à en sortir certains mais d’autres mettent du temps à venir car ils en ont besoin pour voir le jour. Beaucoup sont déjà prêts mais je suis exigeant et, de mon point de vue, ce n’est pas encore parfait.

Sur les terrains de jeu que l’on veut investir, il nous faut l’excellence.

Ton équipe est composée de slasheurs. Comment choisis-tu les gens qui t’entourent ?

Spontanément. Je délègue en partie ce processus à des personnes de confiance et elles font en fonction de nos besoins.

Comment forme-t-on quelqu’un à son exigence, à être « ses propres yeux », à réfléchir comme soi ? Il y a de grandes attentes du coup non ?

Au bout de 6 mois dans l’entreprise, une personne commence à avoir l’ADN de Fubiz en lui et elle est capable de la transmettre. Mais le côté exigeant, remise en question, disruptif, « side projects »… les gens ne l’ont pas tous, il y a beaucoup de ma personnalité. Parfois c’est bien, parfois c’est fatiguant. Il me manque encore un partner pour les idées, une sorte de directeur de création. J’adorerais qu’on vienne plus me challenger.

Si tout ça était à refaire ?

Si ce média n’existait pas aujourd’hui je le referais. Il ne s’appellerait probablement pas Fubiz, ne serait probablement pas un site web ou dans cette catégorie de contenus.

Je prendrais aussi des chemins pour aller plus vite. Entre la 4e et la 6e année, j’aurais pu faire 3 années en une. Mais ça me convient comme ça aussi. Ça nous permet d’avoir la maturité dont nous parlions. Certaines choses demandent du temps pas seulement pour être faites mais aussi pour que le public soit prêt à les recevoir.

Pour terminer, c’est quoi « l’après » Fubiz pour toi ? Tu y penses ?
J’y pense toujours ! J’aimerais me rapprocher de groupes médias en capacité de comprendre ce que l’on raconte depuis 10 ans. J’aimerais aussi prendre de la hauteur pour ne pas être que Fubiz. Peut-être rester dans les médias ou aller dans le milieu de la création et utiliser Fubiz comme un diffuseur. Ce que je fais déjà en partie mais en tant que témoin. Et avec toute l’expérience acquise je pense pouvoir gagner pas mal de temps.

Romain, merci beaucoup pour toutes ces réponses. Vous pouvez bien évidemment retrouver Fubiz sur tous les réseaux : Facebook, Twitter et Instagram.

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