Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, la publicité fait toujours débat — surtout en France. Alors qu’une partie de la publicité en ligne est aujourd’hui contrée par les Adblockers, celle du monde réel fait toujours rage. Envahissante, oppressante, lassante… Nombre d’adjectifs la qualifie dans l’espace public. Cette dernière s’emploie à capter notre regard, notre attention, notre « temps de cerveau disponible » comme dirait l’autre.

Et si les affiches publicitaires se transformaient en œuvres d’art ?

Certains street artistes en ont fait leur spécialité. À travers leur travail, ces experts de l’altération des panneaux d’affichage remettent en cause notre mode de vie consumériste orchestré par l’industrie publicitaire. Avec leurs propres armes — comprenez de la peinture, des pinceaux et autres matériels — ils titillent la « pieuvre publicitaire qui envahit nos belles démocraties » (François Brune).

Lumières sur cette reconquête artistique de l’espace public et ces street artistes qui s’attaquent au mal publicitaire pour notre plus grand bien.

Jordan Seiler, le Monsieur « anti-pub »

Basé à New-York, Jordan Seiler est surement le plus connu des artistes « anti-pub ». Sous l’appellation PublicAdCampaign, il lutte dans le monde entier pour contrer la pollution visuelle et la pression publicitaire. D’ailleurs, à travers son projet Public Access, le street artiste fabrique et met à disposition les clés d’ouverture des panneaux d’affichage de nombreuses villes comme Los Angeles, Montréal, Paris, Berlin, Hong Kong… Ainsi, il peut apposer ses propres œuvres en lieu et place des affiches publicitaires. Coucou Clear Channel et JCDecaux !

Bien qu’il soit dans l’illégalité, le street artiste américain considère son travail comme « un acte de citoyenneté ». À la fois minimaliste et très graphique, il faut bien avouer que son style s’intègre parfaitement dans le paysage urbain.

Parmi les projets phares de Jordan Seiler figure également l’application « NO AD ». En utilisant la réalité augmentée, « NO AD » remplace les affiches publicitaires en véritables œuvres d’art numériques. Transformer les stations de métro en immenses galeries d’art souterraines, c’est tout l’intérêt de ce projet !

Thom Thom, le roi du cutter

Depuis 2000, le street artiste Thomas Louis Jacques Schmitt, alias Thom Thom, fait des ravages dans Paris. Littéralement. Armé de son cutter, il entaille et mutile les affiches avec une habile précision. Que ce soit directement sur le panneau publicitaire ou sur des affiches arrachées, le style tranchant et incisif de Thom Thom ne laisse pas indifférent.

En jouant avec l’épaisseur des couches d’affiches qui s’accumulent, il parvient à faire ressortir des formes géométriques et des couleurs vives à l’image d’une grande mosaïque.

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Les affiches publicitaires sous acide de Vermibus

Suite à une mauvaise expérience en tant que photographe pour une agence évènementielle, Vermibus a souhaité dénoncer la « cruauté du milieu publicitaire ». Aujourd’hui établi à Berlin, il s’est engagé dans le street art afin de révéler les effets pervers de la publicité et réduire son impact.

En Septembre 2015, dans son dernier projet intitulé « Unveiling Beauty », le street artiste espagnol a souhaité remettre en question les diktats de la beauté imposés par les marques de mode et de cosmétiquesle marketing de la honte, vous connaissez ? Pour ce faire, il a étalé ses œuvres à New York, Londres, Milan et Paris : les villes de la Fashion Week. Un acte symbolique.

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Sa technique consiste à décrocher les affiches publicitaires pour ensuite les retravailler dans son atelier. Équipé d’un masque à gaz et d’un pinceau imbibé de solvants, Vermibus dissout l’encre des affiches pour déformer les visages et les corps parfaits des modèles, tout en prenant le soin d’effacer l’identité visuelle de chaque marque.

Ensuite, il replace les affiches à leurs endroits d’origine, révélant ainsi la véritable beauté cachée derrière le maquillage et les retouches des campagnes publicitaires. Le rendu est unique, à la fois troublant et fort de sens !

Cours de magie avec OX

Considéré comme l’un des pionniers du street art, le français OX s’adonne à sa passion depuis une trentaine d’années. Qualifié de contextuel, son art s’inspire et dialogue avec l’environnement, jusqu’à se fondre entièrement dans le paysage. En effet, OX joue avec les panneaux publicitaires en les faisant parfois disparaître tel un prestidigitateur. Ainsi, il bouscule et déstabilise l’ordre établi en surprenant le spectateur par des formes abstraites souvent très colorées.

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Dans le livre Atlas du street art et du graffiti de Rafael Schacter, OX s’est exprimé sur son travail : « La publicité est omniprésente dans nos vies : elle nourrit notre addiction de consommateur, exploite et recycle la création artistique, et la finance. Elle constitue une partie de mon imagination : je m’inspire de son imagerie pour créer et j’utilise ses moyens pour communiquer. Il va de soi qu’en détournant quelquefois sa signification, je n’ai pas la prétention de la combattre. »

Cette dernière phrase soulève une certaine limite. En effet, le street art « anti-pub » semble s’inscrire dans le même cadre que la publicité dans le sens où les artistes font leur propre réclame sous les yeux du public. Il en résulte un gain de notoriété utile pour vendre son travail en galerie d’art par exemple… Finalement, et si cette forme de street art n’était pas contradictoire ?

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