La torture. C’est un mal qui ne nous est pas familier. Il semble loin, très loin. On ne sait pas vraiment où et quand elle sévissait. Dans les films, les livres d’histoire, on l’associe à un passé sombre teinté de guerres. On sait qu’elle existe encore mais pas chez nous ! Seulement dans les pays engagés dans des conflits que l’on ne regarde que d’un œil.

Et pourtant…

Et pourtant 125.000 personnes victimes de torture vivent parmi nous. On ne le voit pas au premier regard mais ce sont parfois nos voisins, nos collègues ou nos amis.

L’association danoise Dignity Institute a noté qu’aucune politique sanitaire et sociale n’était en place pour aider ces personnes. Elle a donc voulu redonner la parole aux victimes que nous ne voyons et n’entendons pas. C’est l’agence Grey Paris qui s’est attelée à cette lourde tâche avec « Talking Bones » : la réponse est graphique, sensible, expérimentale et donc risquée pour toucher le grand public. Les jeux sont faits. Le pari est tenu.

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Ils s’appellent d’Arta, Adnan et Fidèle. Ils sont caissiers, instituteurs ou mendiants, et vous avez certainement croisé l’un d’eux sans le savoir. Tous ont subi des violences politiques ou la torture.

Comment faire entendre leur voix ?

Grey Paris ne souhaitait pas montrer des images choquantes pour la énième fois. « Talking Bones » nous plonge dans l’intimité de ces personnes avec des radios. Quoi de plus représentatif des séquelles physiques qu’une radiographie ?

Seulement, cela ne montre pas la partie psychologique. Les créatifs ont donc gravé des témoignages audio directement sur ces radios. Elles s’utilisent alors de la même façon qu’un vinyle : il suffit de les placer sur une platine pour entendre leurs histoires.

Saisissant.

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Cette initiative se place dans la tendance 2016 du productising : c’est le produit lui-même qui délivre le message selon Georges Mohammed-Chérif, président de Buzzman. Un choix important qui permet d’amener tout un univers autour du message qui n’aurait pas été aussi fort s’il s’était contenté d’une affiche. Ici, les récits des victimes sont ancrés dans le réel ce qui fait prendre conscience de l’existence de ce problème.

Pour les curieux de la technique, voici la vidéo du making-of de la campagne :

Finalement ces personnes ne sont pas si éloignées, que ce soit dans le temps ou dans l’espace…