Partagée entre Londres, Amsterdam et ses lieux de shooting, Sophie Ebrard est une photographe française depuis une dizaine d’année. Ancienne publicitaire elle est devenue un caméléon de la photographie, capable de se retrouver dans des milieux complètement opposés comme « l’école à 16 ans », « les coulisses de la pornographie » ou encore « le basket de rue américain ».

Après être tombé plusieurs fois sous le charme de ses images sur l’Internet, je vous propose de la rencontrer dans cette interview qu’elle a eu la gentillesse d’accorder à We Need Caféine.

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Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ? Qu’est-ce qui t’a amené de la publicité à la photographie ?
J’ai grandi dans un petit village des Alpes à côté de Grenoble. Mes parents étaient pilotes d’avion et Internet n’existait pas encore, je n’étais donc pas au contact de l’art mais plutôt de la montagne ! Mais j’ai toujours eu un appareil photo dans les mains pour capturer ma famille, les chevaux pas loin de chez moi… Tout ce qui m’entourait. Ensuite est venu le temps de faire un choix dans les études. J’aimais beaucoup l’art mais je ne me sentais pas d’en faire une école. Je n’étais pas sûre de ce que je voulais faire donc j’ai été dans une école de commerce. Ça me semblait être plus « responsable ». Après mon diplôme et je me suis tournée vers les agences de publicité européennes (BDDP & Fils, TBWA, Mother…).

C’était une très bonne expérience, j’aimais ce milieu et ça me permettait de garder une part de créativité. En parallèle, je continuais à faire de la photographie pour mon plaisir. Mais le travail a évolué, l’industrie a changé et les campagnes sont devenus plus globales et moins créatives. La publicité s’est éloignée de ce pourquoi j’y étais entrée et j’ai fini par faire un burnout.

J’ai réalisé à ce moment là qu’il me fallait un grand changement. Donc j’ai décidé d’être photographe à plein temps le 6 janvier 2010. Ça me fait rire de le dire ainsi mais c’est le cas : à partir de ce jour j’ai décidé de dire « Je suis photographe » aux gens qui me demandaient ce que je faisais dans ma vie. Au début ce n’était pas totalement vrai mais j’avais besoin de croire en moi pour les gens puissent faire de même.

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Comment Londres a influencé tes photographies ?
Quand j’ai commencé j’ai tout de suite eu mon « style ». Mes connaissances limitées au départ m’ont poussé à aller vers ce que j’aimais : mes couleurs, mes ambiances… Mais voyager est essentiel pour que je me sente bien. J’ai réalisé que je ne pouvais pas rester plus de trois semaines dans le même pays sans devenir folle. J’ai besoin de voyager et de rencontrer des gens pour rester inspirée.

En ce moment je suis entre Amsterdam et Londres. Les deux capitales sont nécessaires à mon équilibre. A Londres je me sens excitée, créative. Quand je retourne à Amsterdam, c’est plus calme, c’est plus pour éditer mon travail et y réfléchir.

Sinon le Cap Vert a toujours été une destination qui m’a attirée. J’y ai été pendant près de 12 ans, notamment sur l’île de Sal. Une grande majorité de mon portfolio a été shootée là-bas. J’aime les gens, la lumière… C’est un lieu qui m’inspire beaucoup et qui propose une telle diversité de choses à photographier … C’est ce que j’aime sur cette île.

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Volkswagen, Heineken, Stella Artois, Match, Timberland… Tu travailles pour toutes ces marques aux univers éclectiques. Est-ce que ton travail est différent quand c’est pour des marques ou pour toi ?
Non. Depuis le début je me suis dit que je ne voulais pas travailler pour des clients si je ne me faisais pas plaisir; quitte à investir un peu plus pour pouvoir atteindre la qualité que je veux. Je suis fière du travail que j’ai accompli dans mes commandes et d’avoir réussi à les lier à mon travail personnel.

Toutes mes images « me ressemblent » : baignées de lumière naturelle, intimes et belles. Elles sont pleines d’énergie et de mouvements, avec une sensation cinématographique. Chacune est une histoire en elle-même. Je crois que les marques sont attirées par le caractère authentique qui se dégage de tout ce travail.

Tu es proche de tes sujets, c’est intime et authentique, à l’opposé des dictats du « pixel perfect » des images publicitaires. Comment arrives-tu à un résultat si sensible et vivant ?
J’ai commencé à shooter en faisant des photos de ce qui se passait autour de moi. Au fur et à mesure, je me suis rendue compte que j’adore m’immerger dans des mondes qui ne sont pas proches de mon quotidien; « It’s Just Love » est l’exemple extrême. J’aime être un caméléon et devenir passionnée par ce milieu.

Pour « Being Sixteen » j’ai suivi mon neveu et son groupe au lycée. Je me levais à 6h du matin, suivais les cours, je zonais… C’était fou ! J’ai eu 16 ans pendant cinq jours. On attendait les cours, en plus on a eu une semaine où il y avait plein de profs absents. Je discutais de leurs problèmes, de leur quotidien… C’est plus que de la photographie !

Interview Sophie Ebrard - Being Sixteen 1

Une autre série qui me tient à cœur : « The Dunk Elite ». Je me suis retrouvée dans un Airbnb à Harlem pendant cinq jours. Il y avait cinq grands mecs et moi. On dormait basketball, mangeait basketball, on pensait basketball ! J’adore faire comme si j’étais une des leurs.

J’adore m’immerger créativement dans des mondes dont je ne connais rien et apprendre à gagner la confiance de mes sujets. M’adapter à mon environnement : c’est ce que j’aime le plus.

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On a évoqué « It’s Just Love », ta série sur les coulisses de la pornographie. Comment en es-tu venue à travailler sur ce sujet considéré comme tabou ? — et à la fois si banal aujourd’hui.
Après un an dans la photographie, j’ai senti qu’il fallait que je repousse mes limites et que j’explore le corps humain. Je voulais faire un projet qui mettait en scène la nudité et le sexe.

Jusque là, la plupart des personnes qui figuraient dans mon portfolio étaient des amis. Je ne me voyais pas leur proposer de poser nu donc il fallait que je trouve des gens pour participer à ce projet. Aller dans une soirée échangiste m’a semblé être la meilleure façon d’y parvenir. Par une amie j’ai rencontré un organisateur de soirée « pour adultes » à Londres. Cette nuit m’a ouvert les yeux. J’ai pu voir des gens faire l’amour sous mes yeux. C’était beau et fascinant à la fois.

C’est la chance d’être photographe à mon sens : pouvoir choisir les mondes dans lesquels vous voulez vous immerger.

Interview Sophie Ebrard - It's Just Love 4

Le hasard fait bien les choses. J’ai rencontré Gazzman, un célèbre réalisateur pornographique chic (notamment pour Dorcel). On a parlé photographie et je lui ai glissé deux mots de mon projet. Deux semaines plus tard, j’étais sur un tournage porno à Stoke on Trent en Angleterre. C’est comme ça que le projet « It’s Just Love » a commencé. J’ai suivi Gazzman pendant 4 ans un peu partout : Los Angeles, Barcelone, Lisbonne, en Écosse et au Pays de Galles. Six voyages au total où je suis restée entre 3 et 4 jours à chaque fois, partageant les chambres des actrices.

C’était une expérience incroyable pour comprendre cette industrie ! Je me sens privilégiée d’avoir eu accès à ce milieu si fermé. C’est la chance d’être photographe à mon sens : pouvoir choisir les mondes dans lesquels vous voulez vous immerger.

Interview Sophie Ebrard - It's Just Love 3

Ainsi se termine cette interview. Vous pouvez en retrouver d’autres dans notre partie dédiée aux dossiers. Nous n’avons présenté que des extraits des séries et du travail de Sophie Ebrard : nous vous invitons vivement à parcourir son portfolio et son Instagram !

Questionnaire We Need Cafeine