#StopThisMovie dénonce le génocide du Burundi

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Pour introduire le sujet d’aujourd’hui, il nous a semblé important de faire un petit rappel historique. Non ne partez pas ! Promis, ce sera rapide !

Tout commence en 2015, année durant laquelle le Président de la République du Burundi, Pierre Nkurunziza, a violé la Constitution en s’installant pour un 3e mandat consécutif. Le peuple, échaudé, s’est soulevé et a contesté cette prise de pouvoir. Le gouvernement, contredit et échaudé à son tour, l’a alors réprimé violemment. Depuis, le pays plonge dans une spirale infernale et sombre, la terreur s’installant jour après jour.

En parallèle, un rapport publié par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) faisait état de nombreux crimes contre l’Humanité : meurtres, enlèvements, disparitions, tortures, viols et détentions massives — un résumé ici. Le régime de Pierre Nkurunziza dérive donc dans une violence extrême sur fond de propagande ethnique.

#StopThisMovie : des codes respectés à la lettre

Face à l’urgence de la situation, la FIDH lance une campagne d’envergure intitulée #StopThisMovie. Son objectif : interpeller les Nations Unis et sensibiliser le grand public à cette tragédie.

Imaginée et réalisée par l’agence We Are Social, l’ensemble de la campagne s’appuie sur la communication d’un film, Génocide au Burundi — que l’on ne préférerait pas voir — et sur les codes du cinéma. Logiquement, elle commence à prendre forme avec une bande-annonce.

À l’image d’un film classique, le trailer est diffusé dans de nombreux cinémas français, sur un écran géant à Times Square et sur le site d’Allociné. On peut y découvrir le casting, les critiques de la presse et les secrets de tournage. Le film a même sa propre affiche ! Tout est respecté.

#StopThisMovie - Affiche par We Are Social
Le prix du « Pire Réalisateur » est attribué à Pierre Nkurunziza, le Président du Burundi.

Une campagne « caméléon » qui nous rappelle celle de DDB Paris contre l’illettrisme, primée d’un Lion d’Or à Cannes en 2013. La cause n’est pas la même mais le fonctionnement s’y apparente : une publicité qui se fond dans le paysage pour mieux se révéler.

Mais revenons à notre sujet.

Le rude passage de la fiction à la réalité…

La bande-annonce ressemble à celle des blockbusters américains : une musique percutante, une atmosphère pesante, des extraits rythmés entrecoupés de texte en capitales. L’affiche est aussi très réaliste, on pourrait la mettre au box-office ! Le concept de la campagne #StopThisMovie est fort ! Et le message, n’en parlons pas…

Vous l’avez compris, un spectateur qui tombe sur le message de fin devrait être saisi dans son siège rouge : il passe de la fiction à la réalité en une fraction de seconde. Et pourtant…

« Des trailers comme ça, on en a déjà vu des centaines… »

C’est le problème. Pris dans l’action, comme dans le dernier blockbuster américain, l’attention n’est pas prête pour un tel message et selon nous, on passe à côté. Il y a bien cet appel à signer la pétition — allez-y ! — à la fin de la bande-annonce mais allez-vous taper une adresse sur votre smartphone avant le film que vous attendiez depuis deux semaines ? Le passage de la bande-annonce à la page de la pétition ne se fait pas naturellement.

L’idée de #StopThisMovie reste très bonne. Ceci-dit, l’ajout d’un dispositif digital couplé à la campagne aurait peut-être permis une meilleure immersion et aurait facilité l’action du spectateur. Au final, ce dernier est sensibilisé au risque de génocide imminent mais il ne se transforme pas en véritable militant pour le maintien de la paix au Burundi.

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